Incompatible avec le violoncelle

Assise près du poêle, un livre sur les genoux, j'écoute les sonates pour violoncelle de Bach. Le bois claque, je lève les yeux. Ma colocataire allongée sur le canapé renifle à intervalle régulier. Je lui lance un paquet de mouchoirs et replonge dans ma lecture.
Pablo Casals entame la deuxième sonate, le ciel est sombre, la pluie cogne contre la vitre, le feu est magnifique. Je suis aux anges.
- On n'est pas bien comme ça... au calme... pour une fois ?
M. ne répond pas et se mouche bruyamment. Je jette un oeil par dessus mes lunettes, elle est en train de lire le journal à l'envers. J'éclate de rire. Elle relève la tête les yeux gorgés de larmes. Inquiète je lâche mon bouquin, m'accroupis près d'elle.
Elle hoquette.
- Ce n'est rien, ce sont mes fréquences qui sont incompatibles avec le violoncelle.
J'ai un air idiot. Elle me sourit, boit un verre d'eau, se mouche longuement et cale ses reins au fond du canapé. Je ne vais pas échapper à un cours et ça ne loupe pas.
- Le corps est entouré d'une énergie dont la densité de fréquences varie en fonction de stimuli extérieurs. Quand un stimulus ( pour ce cas : le son du violoncelle) est incompatible avec sa propre énergie, les fréquences se rétractent jusqu'à déclencher parfois des réactions physiques, pleurs, malaises...
- Et le journal à l'envers, c'est un problème de compatibilité de fréquences avec l'imprimeur ?
- Qu'est que tu peux être abrutie des fois !
Me voilà rassurée, elle a récupéré ses bons vieux réflexes !
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