Le prince charmant.

Des amis de passage un peu partout dans la grange et ma mère dans la véranda, la maison grouille (en tout cas pour moi : nous sommes sept).
Tout le monde s'active pour débarrasser la table, ranger la vaisselle, se laver les dents, faire une promenade digestive.
Mon surnom en dit long sur mon caractère, on m'appelle "l'ours" et "l'ours", ce soir, est un peu dépassé. J'ai le tournis et les cordes vocales au "Père Lachaise".
La maison n'est que portes vitrées, portes pleines, portes d'entrée, portes de service, portes... On ne sait jamais s'il y a quelqu'un derrière et qui, il y a derrière ! Résultat je m'époumone en pure perte pour la tisane du soir.
Ma mère imperturbable vient sagement s'installer près de moi.
- Qui aime la fourrure en 5 lettres ?
Ses mots croisés sur les genoux elle n'écoute pas ma suggestion et commence déjà à griffonner.
Des portes claquent, des voix se rapprochent. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Le compte est presque bon, la théière passe de mains en mains.
- Quelqu'un sait où est M. ?
Haussements d'épaules et de sourcils teintés de fatalisme. Ça fait belle lurette qu'on ne s'inquiète plus quand on la perd de vue.
Murmure par la fenêtre ouverte. Tout le monde tend l'oreille.
- Tu es beau ! Tu aimes quand je te caresse là ? Oh ouiiii... c'est bon !
Six paires d'yeux se tournent vers l'extérieur. M. est assise sur un tronc d'arbre un énorme crapaud dans les mains. Le batracien, les yeux fermés se laisse gratter la tête sans bouger.
- Tu aimes... hein tu aimes ça... ? Tu viendras tous les soirs comme l'année dernière ?
Ma mère se tourne vers nous, l'oeil rigolard.
- La pauvre à son âge ! Il faudra bien qu'un jour quelqu'un se décide à lui dire que le coup du crapaud et du prince charmant ... c'est du pipeau !
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