Sur la route d'Emmaüs

Publié le par tebab



Petite escapade chez Emmaüs. Je cherche des clés pourries, rouillées tordues peu m’importe mais des clés ! M. gagnée par la morosité ambiante a besoin de se changer les idées et propose de m’accompagner. Je rechigne, le scénario est connu d’avance... Elle va me gâcher le plaisir !

- Quel intérêt? Tu ne tiens pas cinq minutes dans la boutique !
- C’est tellement chargé !
- Tu me fais penser à un diabétique qui veut absolument m’accompagner à une dégustation de confitures !
- ... ? Je vois pas le rapport.

Inutile de continuer la conversation, j’en connais l’issue. Je me hisse dans le véhicule et lui fais signe d’en faire de même. Elle me balance la lanière de son sac à main dans la figure en le jetant sur le siège arrière, donne un coup de tête dans le rétro et déglingue mon accoudoir qui n’attendait que ça pour se bloquer dans une mauvaise position. Absolument pas perturbée par son enchaînement de boulettes elle se cale contre le dossier en soupirant d’aise. J’émet quelques borborigmes désapprobateurs  dont elle ne capte pas le contenu car elle me sourit.

- On n’est pas bien comme ça ?
- ... Voui ... !

Si le  plus court chemin d’un point à un autre est la ligne droite il n’en est pas pour autant le plus rapide. Après un convoi de tracteurs anémiques et deux voitures sans permis angoissées par la nationale, je donne un coup de volant intempestif et m’engage sur un chemins vicinal tortueux mais vierge de trafic en tout genre. Ma coloc, très à cheval sur respect du code de la route, me signale qu’une fois de plus je n’ai pas mis mon clignotant.

- Elle a raison ma poule ! renchérit tonton H. qui vient de débouler sans crier gare.

Je n’ai pas trop envie de faire la causette et fais un coucou de la main qui signifie dans mon langage sémaphorique perso : "Je  t’aime mais fiche moi la paix".

- Je vais faire mon tour ! Lance mon fantôme exceptionnellement philosophe

Ma colocataire les lunettes de soleil sur le nez fixe le paysage. Elle a passé le message du tonton sans y prêter vraiment attention. Nous sommes en pleine campagne et comme toujours... j’ai envie d’aller aux toilettes !

- Psitttttt, psitttt, psitttt...
- NOOOOOON !

M. éclate de rire et je sais d’avance que tonton Noël est derrière cette onomatopée. Rhumatologue de son vivant, il pratique l’alternance avec Peter pour tenter de surveiller mes nonos défaillants, ce qui n’est pas une mince affaire !

- Psitttttt, psitttt, psitttt...

Je rentre dans le jeu par amitié. Je connais par coeur sa technique de potache récurrente qui lui permet de m’indiquer qu’il est là sans s’imposer.

- Psitttttt, psitttt, psitttt...
 Je me trémousse sur mon siège, supplie qu’il arrête ses bruitages et finis accroupie derrière un arbre.

M. passe la tête par la vitre.

- Tu es en train de faire pipi sur des armes !

Je détale à moitié habillée, elle éclate de rire.

- Je vois des objets en fer... comme des lances, des ...  trucs comme ...  il y a des sortes de jarres  aussi enfin tu vois ce que je veux dire...
- Non, je ne vois pas.
- Il y a un type ...

Elle fixe un bosquet sur la droite.

- Il y a eu des légions romaines dans le coin ?

Elle me balance le nom de l’entité qui est en face d’elle, des dates et une multitudes d’infos en vrac. Je n’ai rien pour noter, rien pour enregistrer et mon numérique est déchargé. M. oublie ce qu’elle capte à 90% et comme je n’ai aucune mémoire...

Je démarre, elle continue de liquider son trop plein d’informations dans un souffle,  telle une cornemuse posée sur une table après prestation.

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J
Bonjour<br /> Je crois qu'en découvrant ce blog, j'ai acquis un remède contre la morosité, un grand merci et bravo pour votre manière bien personnelle mais oh combien délicieuse de relater ces bribes de vie avec M. Encore un grand merci.....et bons copeaux. JJ
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T
<br /> Heureuse que mon quotidien vous déride les zygomatiques. Merci pour vos encouragement.<br /> Amicalement.<br /> <br /> La coloc <br /> <br /> <br />