Elle frise !
Le ciel tel un brumisateur mal réglé crachouille juste ce qu’il faut de pluie pour freiner les velléités bucoliques de ma coloc. A peine ai je le temps de voir ses talons franchir le seuil du jardin que sa tête réapparaît à la fenêtre de la cuisine.
- JE FRISE !
Elle me hurle cette évidence comme un scoop alarmant, pousse la porte violemment et plante son sécateur dans un endroit non prévu à cet égard : le panier à thés. Je ronchonne devant les sachets éventrés. Elle s’en fiche d’autant plus que si je lui demande de me donner l’outil elle sera bien incapable de le trouver !
M. toute à son obsession capillaire argumente pour justifier sa défection.
- Arthur dit qu’il vaut mieux attendre quelques semaines pour une dernière coupe. Il y a trop de gelées en ce moment!
- Attendre quoi... que tu défrises ou que la porte d’entrée soit obstruée par la vigne vierge ?
Gel, tempête et coup de chaud ont eu raison de notre bel agencement initial. En dix huit mois le jardin est devenu une ruine. La médium et son fantôme paysagiste m’embrument depuis l’année dernière avec la promesse d’une restructuration imminente de notre bout de terrain. Comme je suis nulle pour les plantations j’attends, j’attends et puis .... j’attends toujours !
Quand ma coloc se disait en jambe l’entité n’était bizarrement pas au rendez-vous et là, je vois bien que Tuture est plutôt partant mais que M. freine des quatre fers. Ils font la causette entre eux dans un silence qui m’exclut du débat. Je ne suis peut-être pas une surdouée de la clairaudience mais à la tête de ma coloc je devine qu’il y a du mou dans la corde à noeuds.
Par chance, j’ai le fin mot de l’histoire en direct.
- Il est hors de question que je démonte la terrasse... ce n’est pas féminin !
Quelque peu interloquée par les raisons surréalistes du refus, j’ose une intervention.
- Je viens de faire la causette à mes hormones mâles... elles sont d’accord pour virer les planches et trimbaler les parpaings ! Laissez tomber je vais me débrouiller toute seule.
- Arthur trouve que tu prends tout mal!
Dès le début de notre colocation M. et son conseiller technique avaient promis de s’occuper du jardin. Je me sens flouée et revendique.
- La vigne ressemble à du bois flotté, le rosier de la véranda a été sauvagement étouffé par le cognassier du Japon que vous avez refusé de tailler, la glycine s’est enroulée partout sauf où on voulait, et une horde de liserons est en train d’étrangler Chèvrefeuilles, Clématites, Bignones et Azalées sans que cela vous perturbe!
A la tête affligée de ma colocataire je sais d’avance la phrase qui va suivre.
- Je peux pas répondre à sa place, il est remonté !
- Au propre ou au figuré ?
- Les deux !
Je me rue violemment sur un paquet de chips et une bière histoire de culpabiliser la collectivité et tourne les talons méprisante.
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