Mauvais jour, ma coloc descend les escaliers l’oeil assassin. Elle n’a pas fermé l’oeil de la nuit et tient à le faire savoir. Je glisse des gâteaux
secs à côté de son verre de jus de fruit dans l’espoir qu’elle ne râlera pas la bouche pleine et file me battre avec une tronçonneuse incontinente qui a déversé toute son huile sur le parasol rangé
sur l’étagère du dessous.
Ebauche de bêlements miniatures, réponse plus musclée, canon de bêlements plaintifs et suppliants. Je pose mon chiffon et sors sur le chemin. Miracle ! Le champs est clairsemé de petites
tâches blanches instables sur leurs pattes. Ça braille dans tous les coins et les mères ne savent plus où donner de la tétine. Bruit de moteur et coup de frein, l’agriculteur émerge de son
4X4 casquette vissée raz les sourcils. Un salut de la main et il saute la barrière pour une inspection éclair de la nursery.
J’entends chouiner derrière moi, M. m’a suivi, elle a la revendication au bord des lèvres. Je l’attrape par les épaules, grimace un sourire désolé au voisin et la fait pivoter sur elle
même.
- C’est le même cirque tous les ans !
- Tu ne veux quand même pas que ses brebis mettent bas dans son salon ?
Je la pousse vers le portail, elle plante ses talons dans la terre version mule récalcitrante, je lui rentre dedans et elle m’engueule.