Lundi 30 juin 2008
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17:22
M. pousse le portail du jardin et salue mes invités d'un geste de la main.
- J'ai croisé le voisin, il inspectait son champ.
- Mais enfin, il est mort il y a six mois !
- Justement, il m'a dit que ça n'était pas une raison pour que ses enfants n'entretiennent pas ses terres.
- ...?
Je jette un oeil à mes amis.
- Et pourquoi pas ? lance un copain.
Normal, ma colocataire est une médium.
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Lundi 30 juin 2008
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17:44
Il y a dix ans M. m'a proposé de m'aider à choisir une maison à la campagne. Je ne me doutais pas un seul instant que ma vie
serait à ce point bouleversée.
Au hasard des petites annonces, nous nous sommes retrouvées devant une bâtisse à moitié écroulée, un minuscule jardin et la
sensation que c'était là et pas ailleurs.
Mémoire des murs sans problème et charge du terrain nulle. M. avait donné son diagnostic: le lieu me ficherait une paix
royale.
Quelques mois plus tard, fantômes organisés et conjoncture économique aidant, elle s'installait dans une partie de la maison avec
ses amis invisibles.
Avant de partager ma cuisine avec un "sujet psi" comme ils disent, mon intérêt pour le paranormal était nul. Ni pour ni contre.
Aucune agressivité, pas d'à priori particulier. Simplement une saine ouverture d'esprit, histoire de ne pas finir sclérosée par des certitudes parfois injustifiées.
N'ayant pas fréquenté de "voyant" avant ma cohabitation quelque peu folklorique, je suis bien en peine de dire s'ils ont tous une
manière aussi particulière d'appréhender le quotidien. Je peux simplement certifier que la "zen attitude" est de mise si on ne veut pas marcher à court terme sur la tête.
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Jeudi 3 juillet 2008
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19:16
A peine avais-je donné mon accord pour la cohabitation que je me retrouvais face à une évidence d'envergure: M. était inapte au
bricolage et aux tracasseries du quotidien en général.
Pour affronter une maison à moitié en ruine, la révélation était de taille.
Malgré quelques signes de bonne volonté, son rapport aux outils s'est avéré rapidement conflictuel. Entre ses mains, seul le
pinceau semblait assumer sa fonction à peu près normalement. Bien sûr, ma radio portative a bénéficié du même traitement que les lambris, version mouchetée. Bien sûr, la maison a failli
flamber, rapport à un chauffage d'appoint positionné contre la porte de la salle de bain mais du mauvais côté. Bien sûr, je l'ai retrouvée ensevelie sous un mètre de bûches, panier au
bras, attendant depuis 15 minutes que je vienne la libérer sans songer que crier aurait permis un déblocage plus rapide de la situation. Bien sûr, j'ai failli l'étrangler lorsque j'ai compris que
le maniement de l'ouvre-boîtes manuel lui était totalement étranger! On aurait dit une poule qui avait trouvé un couteau. Mais bon, il fallait bien relativiser... J'avais dit oui à la
cohabitation.
Après beaucoup d'agacement et pas mal d'incompréhension, j'ai fini par entériner deux informations essentielles: la dame était
gauchère et dans la lune 24h/24h.
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Mardi 8 juillet 2008
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17:58
A force de partager le même toit que M., les entités qui communiquent avec elle se sont prises d'affection pour moi. D'autres au
fil des ans se sont rajoutées au groupe initial avec comme seul objectif de m'aider au quotidien.
Au début, pour pallier mon incapacité à les identifier, je les appelais tous "Tonton". Peu à peu j'ai réussi à mémoriser leur
prénom et je suis à présent entourée de tonton Jean, tonton Karim, tonton Peter, tonton...
En réalité je serais bien en peine de les citer tous!
- Ta maison est sans doute la plus hantée de France! a constaté un de mes amis peu récalcitrant à ma famille
invisible.
Je n'avais jamais envisagé la situation sous cet angle et pourtant...
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